Karen Tual

N’allez surtout pas imaginer que nous sommes, avec Karen Tual, en présence d’une œuvre réaliste ou hyperréaliste dans le goût, par exemple, de l’Ecole américaine des années quatre-vingts. Non, bien au contraire. Si les paysages rustiques de Karen Tual étaient réalistes, il faudrait bien qu’on y trouve, n’est-ce pas, quelque rétention d’eau stagnante d’une récente inondation, une carcasse de tôle Citroën derrière la ferme, une ou deux bêtes malades, et des galeries dans les berges de la rivière creusées par des ragondins.

Donc, cet univers n’est guère plus réaliste que celui de François Millet ainsi que l’a démontré en son temps le critique d’Art Léon Gambetta. Nous ne sommes pas dans un monde tel qu’il est mais tel qu’on voudrait qu’il soit, comme on le rêve. Et c’est tant mieux parce qu’il est lavé, nettoyé, embelli, restauré. Végétation bien peignée dans un cadre grand-meaulnien, thèmes bucoliques et agrestes, l’ensemble peut faire penser à de l’illustration mais au sens propre, c’est-à-dire donner du lustre, de la lumière (lustrare, lustrum : “ la lumière ” en latin) au monde. C’est çà, le génie de l’ensemble, un univers rendu à la lumière, objectif auquel on parvient grâce au traitement de la couleur, grâce à une réussite technique (et teckne en grec signifie Art).

Le pays que Karen Tual nous invite à contempler est un Pays de cocagne dans son sens étymologique : cocagne signifie “ pastel ” en ancien français, et pastel vient de l’italien pastelo (pâte, gâteau) ; un pays de cocagne est un pays où tout est riant et en surabondance, c’est le cas ici.

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